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Lucien Hervé
L'oeil de l'architecte
29.04  >  25.09.2005

CIVA



L'homme qui se regarde ainsi dans un miroir ne s'appelle pas encore Lucien Hervé mais Laszlo Elkan, né en 1910 en Hongrie. Cette image contient tout ce qui fera sa force et sa singularité: des contrastes très tranchés, tache noire qui se découpe sur des éclats de lumière.
En 1941, Elkan est devenu Hervé et se révèle comme celui qui sait voir l'architecture : 650 clichés du site de l'Unité d'Habitation de Le Corbusier, pris en un seul jour, sont présentés à ce dernier et lui font dire "vous êtes l'âme de l'architecte".

Si Lucien Hervé est essentiellement connu par le grand public comme le photographe qui a le mieux révélé l'architecture de Le Corbusier, Marcel Breuer, Alvar Aalto et saisi les portraits entre autres de Fernand Léger ou Henri Matisse, son travail va cependant bien au-delà: il agit comme un révélateur de l'architecture, du paysage et des personnes qu'il photographie.

L'exposition propose une lecture de la production de Lucien Hervé à travers une sélection de 200 œuvres souvent inédites et rythmées par différents thèmes au contenu surprenant.

Certes, le CIVA souhaite, avec cette exposition, poursuivre son rôle : être "le" lieu de débats et d'échanges en matière d'architecture, mais aussi permettre à tout public d'y être sensibilisé en découvrant des artistes qui leur dévoilent le monde et les aident à y voir ce que, très souvent, ils n'avaient pas vu. Une manière de participer à l'évolution de notre environnement.

Ce que l'on doit retenir de Lucien Hervé, c'est son regard, son style bien à lui qui saisit les ombres et la lumière, présentes dans les édifices et autres architectures, lesquels seraient restés dans le domaine des prouesses techniques s'il n'y avait pas décelé un autre univers.

Lucien Hervé pénètre dans ce qu'il voit jusqu'à la trame pour nous offrir d'autres images, d'autres visions.

Durant des années, il a exalté l'œuvre de l'architecte, surtout celles de Le Corbusier qu'il rencontre un jour de 1949. Pas une exposition, pas un ouvrage sur ce dernier n'oublie de réserver une place d'honneur à Lucien Hervé, son "miroir" pendant plus de quinze ans.

Les clichés de Lucien Hervé ont donc quitté très vite le domaine de la photographie d'architecture, laquelle totalement minorée, pour devenir très vite des œuvres d'art à part entière.
Mais s'il exalte souvent l'architecte, il est capable aussi de révéler chez celui-ci des faiblesses
"Le rôle d'une photographie, dit-il, est aussi de dénoncer des faiblesses, parfois chez les plus grands" Et d'ajouter "Je pressentais en photographiant la cathédrale de Brasilia ce que l'on pouvait faire pour l'enlaidir. Et aussi bon que soit Oscar Niemeyer, je sentais en lui la possibilité de faire du Saint-Sulpice, alors même que la structure de la cathédrale était magnifique et se suffisait à elle-même. Le fait d'accepter d'ajouter à cette église des vitraux coloriés lui ajoutait quelque chose de décadent".

Un autre aspect du travail de Lucien Hervé : l'homme de la rue. Il a toujours voulu préserver la présence humaine qui le fait s'intéresser à "tous ceux qui luttent pour la vie". C'est dans cet état d'esprit qu'ont été réalisés deux de ses photographies les plus émouvantes. La première, prise à Dehli en 1955, montre un enfant esclave. Une grande partie du cliché est dans l'ombre de façon à dissimuler son visage et à insister sur ses pieds nus. La seconde, prise en 1949 à la Cité radieuse de Marseille, souligne la condition ouvrière. Ce cliché ne montre que l'ombre portée d'un ouvrier qui gravite un escalier portant à bout de bras un seau de ciment.
"Je m'intéresse aux rapports humains. Je photographie lorsque je sens une injustice contre l'homme ou lorsque celui-ci se retrouve seul contre son entourage."



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  dossier de presse (.pdf)
 Image :  Lucien Hervé, Autoportrait