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Le XIXe et le début du XXe siècle ont voué un intérêt passionné à l’image de la
ville. L’art urbain devient, autour de 1900, un sujet de débat général auquel
participent les architectes, les artistes, les écrivains, les édiles communaux,
les parlementaires.
Le peintre symboliste Fernand Khnopff souligne dans un article de 1895 cet
engouement général pour l’espace public qui correspond à un élargissement de la
notion d’art à toutes les facettes de la vie moderne : il ne nous suffit plus
maintenant que nos appartements soient somptueusement garnis avec le meilleur
goût possible par la forme et la couleur; quand nous sortons, nous désirons
retrouver ce goût dans la rue.
Expression publique du savoir-faire de l’architecte, la façade sert aussi de
carte de visite au commanditaire qui pourra y traduire ses goûts, sa fortune,
son statut, voire ses convictions philosophiques. La richesse du jeune état
industriel belge permet à la bourgeoisie d’investir dans la façade des budgets
impressionnants qui font de la rue un spectacle indéfiniment renouvelé.
On situe généralement la naissance de l’Art Nouveau en Belgique avec la
construction à Bruxelles de l’hôtel Tassel de Victor Horta (1893). Celui-ci
crée un style décoratif d’inspiration florale entièrement original et
révolutionne le plan de la maison bourgeoise. L’exemple de Horta, immédiatement
suivi de ceux de Paul Hankar, Henry van de Velde ou Octave van Rysselberghe,
suscite pendant une dizaine d’années une explosion d’invention qui fera de
Bruxelles l’une des capitales de l’Art Nouveau. Rapidement, le style se propage
à travers l’ensemble du pays où se créent parfois des écoles régionales comme à
Liège ou à Anvers.
Pour les architectes de l’Art Nouveau, la façade doit être considérée comme une
œuvre d’art totale, une affiche en relief, à laquelle tous les artisans et
artistes sont invités à participer. Dans la lignée du courant des Arts and
Crafts anglais, le savoir-faire artisanal lié aux divers matériaux et
techniques -taille de la pierre, ferronnerie, menuiserie, vitrail, sgraffite,
céramique- connaît un développement exceptionnel. Imprégné de l’idée de
progrès, l’Art Nouveau renouvelle aussi l’aspect de la façade en utilisant les
matériaux les plus récents : colonnettes et linteaux métalliques, brique
émaillée, céramique décorative, verre coloré et imprimé.
Conçue comme une véritable création individuelle, la façade Art Nouveau sera
souvent signée et datée comme un tableau ou une sculpture.
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